Vous rentrez d'un premier rendez-vous, vous fermez la porte, et la pensée arrive avant même que le manteau soit enlevé : cette personne ne m'a pas posé une seule vraie question. Rien sur ma vie qu'il aurait fallu être curieux pour imaginer.
La moitié gênante de cette pensée
Il y a de fortes chances que la personne en face soit rentrée en pensant exactement la même chose de vous. Non pas parce que l'un de vous était froid ou centré sur lui-même, mais parce que vous ne comptiez pas les mêmes questions.
Vous comptez celles que vous vouliez poser, celles que vous aviez préparées sur le trajet, l'intérêt que vous avez ressenti sans trouver la place de l'exprimer. Votre rendez-vous ne compte que ce qui lui est parvenu. Vu de l'intérieur, poser une question semble intrusif ; vu de l'extérieur, cela paraît généreux. Résultat : nous en posons moins que nous ne le croyons, et moins que la personne en face ne l'espère.
Ce que la recherche montre vraiment
En septembre 2017, Huang, Yeomans, Brooks, Minson et Gino ont publié dans le Journal of Personality and Social Psychology une série d'études sur l'effet des questions sur la sympathie. La partie qui compte à table vient d'une expérience de speed dating : 110 participants et 1 961 décisions réelles de second rendez-vous. Celles et ceux qui posaient davantage de questions de relance — des questions construites à partir de ce que l'autre venait de dire — étaient plus souvent réinvités.
C'est ce dernier détail qui donne son poids au résultat. Il ne s'agissait pas de notes sur un questionnaire à propos d'une soirée imaginaire, mais de verdicts oui ou non, écrits par des gens qui venaient de passer quatre minutes avec un inconnu et devaient décider s'ils voulaient une suite. Les relances ont déplacé cette décision. Le même programme de recherche a mis au jour autre chose que les participants n'avaient pas anticipé : on sous-estime la valeur que nos questions ont pour celui ou celle qui y répond.
Pourquoi une relance fonctionne
Parce que c'est la seule chose, à table, qui ne peut pas être préparée à l'avance. Vous pouvez arriver avec une bonne liste — que fais-tu, où as-tu grandi, que lis-tu en ce moment — et la dérouler sans faute sans retenir un mot des réponses. Une relance, elle, ne peut être fabriquée qu'à partir de ce que l'autre vient de vous dire. Ce n'est pas un effort : c'est une preuve.
Une question préparée montre que vous aviez prévu. Une relance montre que vous avez écouté.
Cela explique aussi pourquoi posez plus de questions est un conseil si faible pris isolément. Le volume n'est pas la variable. Dix questions à la suite sonnent comme un interrogatoire ; une seule question qui revient sur un détail dit deux minutes plus tôt sonne comme de l'attention. La seconde est plus difficile à produire, et c'est celle qui compte.
L'alternance vaut mieux que la performance
Poser des questions n'est que la moitié du travail. Sprecher, Treger, Wondra, Hilaire et Wallpe ont montré en 2013 dans le Journal of Experimental Social Psychology que l'alternance réciproque — les deux posent, les deux répondent — produit plus de sympathie et de proximité qu'un échange où l'un se raconte et l'autre écoute. Le résultat classique qui sous-tend cela vient d'Aron, Melinat, Aron, Vallone et Bator, en 1997 dans PSPB : une auto-révélation mutuelle et progressive peut créer une vraie proximité entre inconnus en 45 minutes environ. Dans cette phrase, le mot porteur est mutuelle.
- Relancez avant de passer à autre chose. Quoi qu'on vienne de vous dire, que la question suivante porte là-dessus, et non sur le point suivant de votre liste mentale.
- Échangez, ne jouez pas chacun votre tour. Une fois que vous avez répondu, rendez la main. Une soirée où l'un raconte et l'autre hoche la tête n'est pas une conversation, aussi bon soit le récit.
- Montez progressivement plutôt que d'ouvrir au maximum. La proximité vient de ce que chaque tour va un peu plus loin que le précédent, pas d'une question lourde dans les dix premières minutes.
- Partez du principe que vous posez moins de questions que vous ne le croyez. Si vous ne vous souvenez plus de votre dernière question, il est plus que temps d'en poser une.
Rien de tout cela n'exige du charisme. Cela exige de passer la soirée curieux plutôt que brillant — ce qui est précisément ce que la plupart d'entre nous, gênés d'être évalués, n'osent pas faire.
Qulo place la question avant le rendez-vous
Qulo ne règle pas cela par des conseils : il déplace le moment où l'on pose la question. Chaque profil contient 2 à 4 questions écrites par la personne elle-même (jusqu'à 10 avec un abonnement payant), et vous matchez en y répondant correctement — pas en swipant. La question cesse d'être un risque pris à table pendant qu'on vous évalue : elle devient la condition d'entrée que les deux ont déjà acceptée.
L'affirmation est plus modeste qu'il n'y paraît. Qulo ne vous dira pas que des réponses prédisent une relation — la recherche sur le matching par profil ne soutient pas cette idée. Ce qu'il fait, c'est déplacer le premier filtre d'un profil statique vers un véritable échange, et supprimer le moment où poser une vraie question ressemble à une mise à nu.
Conclusion
Le déficit de questions n'est pas un défaut de caractère générationnel. C'est un problème de coordination — deux personnes qui attendent chacune un signe indiquant qu'il est sans risque d'être curieux. La structure règle cela plus vite que la volonté. Si vous êtes déjà rentré d'un rendez-vous en vous demandant pourquoi personne ne vous a rien demandé de vrai, inversez l'ordre : téléchargez Qulo et répondez aux questions de quelqu'un avant d'avoir à inventer les vôtres.