L'histoire revient chaque automne. Les soirées raccourcissent, quelque chose d'ancien s'agite, et les célibataires se mettent en couple pour les mois froids avant de s'éloigner au printemps — c'est ce que l'anglais appelle la cuffing season. C'est une bonne histoire. On la répète comme un fait établi. Et la recherche à laquelle on l'attribue dit quelque chose de nettement plus étrange.
La saison a deux pics, pas un
La preuve la plus citée d'un accouplement saisonnier est un article de 2013 signé Patrick et Charlotte Markey dans Archives of Sexual Behavior. Ils ont mené une analyse harmonique sur cinq années de recherches Google liées au sexe et à la quête d'un partenaire, et ont trouvé un cycle constant — mais un cycle de six mois, avec des pics en hiver puis de nouveau au début de l'été.
Ce n'est pas l'histoire de la cuffing season. Une poussée hivernale unique, provoquée par le froid et la solitude, donnerait un seul pic annuel. Deux pics séparés de six mois décrivent autre chose : un rythme à plusieurs causes, dont l'une tombe au moment le plus chaud de l'année.
L'effet hiver est réel, et plus petit qu'annoncé
Il existe bien un résultat saisonnier sur l'attirance. En 2008, Boguslaw Pawlowski et Piotr Sorokowski ont publié dans Perception une étude où 114 hommes hétérosexuels notaient les mêmes images au fil de cinq saisons. Les notes attribuées aux corps féminins étaient plus élevées en hiver qu'en été. Celles attribuées aux visages n'ont pas bougé du tout.
L'explication avancée par les auteurs eux-mêmes n'a rien de romantique. Ils proposent un effet de contraste : on voit bien plus le corps des autres en été, le repère se déplace vers le haut, et la même image obtient une note plus basse par comparaison. C'est une bizarrerie de la perception, pas une envie saisonnière de se mettre en couple.
- L'étude mesurait des notes attribuées à des photographies, pas des décisions concernant de vraies personnes.
- Elle n'a trouvé aucune variation saisonnière dans la façon dont les visages étaient notés.
- 114 hommes, un pays, une année : de quoi repérer un effet, pas de quoi bâtir une saison.
- Le mécanisme proposé par les auteurs est l'accoutumance, pas le désir.
Puis l'hémisphère inverse tout
La preuve la plus embarrassante vient des données de naissances. Une analyse menée par Laurence Symul et ses collègues sur environ un demi-million d'utilisateurs d'applications de suivi de santé a montré que la saisonnalité des naissances est surtout portée par la fertilité saisonnière plutôt que par une sexualité saisonnière : le regain d'activité autour des fêtes n'explique que de petites bosses sur la courbe. La fertilité culminait entre l'équinoxe d'automne et le solstice d'hiver dans l'hémisphère nord, et peu après le solstice d'hiver dans l'hémisphère sud.
Relisez cela en gardant l'histoire de la cuffing season en tête. Le motif suit le solstice des deux côtés de l'équateur, ce qui veut dire qu'il ne suit ni décembre, ni les fêtes, ni la fin de l'année. Ce qui est saisonnier ici suit la lumière du jour, pas le calendrier dans lequel les gens vivent réellement.
Ce qui est vraiment saisonnier dans votre vie amoureuse
Rien de tout cela ne signifie que l'automne ressemble au mois de juin. Cela signifie que ce qui change, ce sont vos circonstances et non votre biologie. Dans l'hémisphère nord, l'hiver réorganise où sont les gens, qui ils voient et ce qu'on leur demande.
- Les projets rentrent à l'intérieur, ce qui transforme une première rencontre en quelque chose de plus long qu'une promenade.
- Les fêtes inscrivent au calendrier une date où être célibataire devient un sujet que les autres soulèvent.
- Les réunions de famille fournissent la question, à voix haute, devant tout le monde.
- Les longues soirées sans rien de prévu rendent le téléphone plus facile à attraper.
C'est un vrai effet saisonnier, et il est entièrement social. Il explique aussi la moitié printanière de l'histoire mieux que ne le fait aucune hormone : un arrangement né parce que le calendrier a rapproché deux personnes a tendance à être réexaminé quand le calendrier cesse de pousser.
Le risque, ce n'est pas la saison. C'est ce que vous avez sauté.
Une relation qui commence dans une fenêtre saisonnière n'est pas condamnée. Beaucoup de belles histoires démarrent parce que deux personnes se sont trouvées libres le même mardi glacial. Ce qui déraille est plus étroit que cela : la saison fournit une raison de commencer, et on la prend pour une raison de sauter le moment où l'on découvre si l'on veut vraiment de cette personne.
Le signe est simple. Si vous pouvez expliquer pourquoi vous parlez à quelqu'un sans mentionner la météo, les fêtes ou le vide de votre semaine, vous avez une réponse. Sinon, vous avez une saison.
Faire compter la fenêtre
Le geste pratique consiste à décider ce que vous voulez avant que la saison ne le décide pour vous. Pas un plan sur cinq ans — juste assez précis pour que son absence vous saute aux yeux au mois de juin.
- Nommez une chose que vous voulez vraiment de tout cela, avant le premier message plutôt qu'après la troisième semaine.
- Posez une question dont la réponse vous intéresserait encore en été.
- Regardez si vos projets communs survivent à une soirée libre pendant un mois chaud.
- Prenez la question gênante de la famille pour une information et non pour une pression : elle vous demande ce que vous voulez, très maladroitement.
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Une saison peut vous dire pourquoi vous avez commencé à vous parler. Elle ne peut pas vous dire si vous auriez choisi cette personne au mois de juin. Seules les questions que vous avez pris la peine de poser le peuvent.